Trust me I’m swedish

J’ai reçu un petit message de Clo.  :
« as tu lu
la Délicatesse de David Foenkinos ?
j’ai trouvé que c’était un livre très bien… qui se lit beaucoup trop vite hélas

dans ma pile : Rosa Candida, … »


Clo. prend souvent le temps de me conseiller un livre qu’elle vient de lire ou de me dire ce qu’elle a pensé de l’une de nos lectures communes. J’adore ça. Un petit message instantané et hop, ma liste de livres à lire s’allonge.

J’ai répondu :
« un livre qui se lit vite, ça m’intéresse. Merci !
J’ai attaqué
les Chutes de JC Oates. C’est formidable pour l’instant… »

C’est vrai qu’à force de mettre trois semaines à lire le moindre roman, je me sens un peu absente ici, ce qui me vaut de pénibles séances d’autoflagellation. Mais revenons à La délicatesse

Hum. Comment dire… Ou plutôt, comment expliquer que j’ai dévoré un roman que, dès les premières pages, j’ai pris en grippe ?

Δ Attention spoiler Δ (quoiqu’après ça, je ne suis plus totalement sûre d’avoir à utiliser ce genre d’avertissement).

François aborde la séduisante Nathalie. Ils se marient et n’ont pas d’enfant. François meurt brutalement. Nathalie se relève peu à peu de cette perte immense. Reprend son job dans une entreprise suédoise. Econduit Charles, un patron qui a toujours été attiré par elle (ce à quoi elle doit son embauche, hum hum) pour se sentir renaître dans les bras de l’insignifiant et laid mais profondément gentil et déroutant Markus, suédois de son état, qui hait les Krisprolls.

C’est peut-être une sympathique trame pour une comédie romantique. Justement, David Foenkinos vient d’en achever le tournage… J’espère que quelqu’un a trouvé le moyen de donner un peu d’épaisseur aux personnages, parce que j’ai trouvé que la mince Nathalie en manquait singulièrement. Plate comme une planche à pain.

En gros, j’ai envie de dire : bof.

Après un titre pareil, je m’attendais à toucher au sublime, au moins au subtil. J’ai démarré ma lecture pleine de bonnes intentions, mais il paraît que l’enfer en est pavé. Au début, je n’ai pas accroché. Des affirmation sans appel succédaient à un titre qui l’était tout autant. J’étais submergée par le souvenir de mes lectures (ratées aussi, de Je voudrais que quelqu’un m’attende… d’Anna Galvada et Si c’était vrai – ce dernier m’ayant charmée au moins temporairement, sans pour autant me donner envie de lire un autre Marc Lévy, même sur la plage).

Puis, ce veuvage précoce m’a interpellée. Inattendu, il ouvrait des perspectives sur une foule de pensées pleines de délicatesse. Mais, la surface du deuil à peine égratignée, le roman se poursuit sur le même ton : de bonnes idées, des ressorts dramatiques sympathiques (deux fois que j’utilise ce terme dans ce billet…), d’intelligentes fausses pistes laissant imaginer des développements qui finalement n’interviennent pas, mais qui m’ont donné envie de savoir ce qui allait se passer (même si je l’avais déjà deviné) alors même que j’avais relégué La délicatesse au rang des livres qui ne me marqueraient pas. Et puis ces micro-chapitres insérés ici ou là, constitués parfois d’une donnée géographique ou du menu d’un dîner des protagonistes, m’ont fait l’effet d’une tentative maladroite d’écrire différemment.

En parcourant à nouveau les pages à la recherche d’exemples de ces vérités légèrement crispantes (« organiser un mariage, c’est comme former un gouvernement après guerre », « Les histoires d’amour sont souvent amorales », « La soirée avait eu le parcours du Titanic. Festive au début, elle mourait dans un naufrage. La vérité avait souvent l’allure d’un iceberg » , j’étais probablement dans de meilleures dispositions. Je me suis dit, retrouvant ces quelques fausses pistes narratives et une scène qui pourrait être hilarante au cinéma (le talent de François Damiens devrait faire l’affaire), que ce n’était pas si mal.

Pas très bon, mais pas dramatiquement mauvais non plus.

Un roman au goût de miel, mais qui n’en aurait pas les vertus. Trop loin de la densité contextuelle et psychologique, ou de la beauté stylistique qui me fait retenir mon souffle pendant certaines de mes lectures. Il ne m’a pas émue, aidée ou soulagée. Je l’ai lu.

Il fera peut-être, pourtant, une de ces bonnes comédies romantiques dont je suis friande.

Mais il reste un problème : un film dont des meubles Ikéa risquent de constituer le décor, ça vous tente vous ?

8 Comments so far

  1. Delphine, 26 août, 2011

    J’ai eu le même sentiment face à ce livre dont on m’avait tant vanté les vertus. Bof, très bof, creux, plat…. Je suis sûre de ne pas me laisser tenter par le film moi…

  2. Anne-Laure, 26 août, 2011

    @ Delphine : je suis contente que tu partages mon sentiment. C’est toujours un peu bizarre de ne pas aimer les livres qui remportent à ce point l’adhésion du public. Pour le film, on verra si j’ai le temps.

  3. Virginie, 26 août, 2011

    Même chose, un peu mou et facile alors que son précédent « Le potentiel érotique de ma femme e » et son tout dernier « les souvenirs » sont bien meilleurs!avec plus de sel, de piment et de bonne s phrases à noter pour plus tard, bonne lecture !

  4. Anne-Laure, 26 août, 2011

    @ Virginie : Alors je me laisserai peut-être tenter par Les souvenirs, histoire de me faire une réelle opinion sur cet auteur.

  5. Fanny - anosenfants, 27 août, 2011

    J’ai été attrapée, cueillie par le titre, et aussi l’accroche de dernière page. Mais il ne m’en ai rien rien resté, si ce n’est cette phrase :Je suis contente de l’avoir lu vite.

  6. angèle, 6 septembre, 2011

    ah, qu’est ce que ça fait plaisir de lire enfin une note dissonante sur ce satané bouquin. ah, j’étais l’autre jour à un dîner où toutes les femmes s’extasiaient là dessus (c’est tellement joli! c’est si sympa! et drôle! et délicatement écrit!). Quand j’ai annoncé que moi, j’aimais pas les livres jolis, et que celui-ci, au mieux, était vachement inoffensif, on m’a regardée d’un sale oeil, je peux vous dire…

  7. Anne-Laure, 7 septembre, 2011

    @ angèle : ne jamais avoir peur du sale œil… il paraît qu’il est inoffensif, même s’il peut traumatiser quelques temps ;-)

  8. Petite, 21 mars, 2012

    J’aurais aime ecrire ce papier … qui exprime avec delicatesse … mon sentiment !

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