O.

Je racontais à O. le concept de la rubrique Street Reading, bien avant son lancement.

- Hier, j’aurais fait un beau sujet pour toi.

Aaaaaaaaaaaah ? Sourcil levé, œil brillant, oreille dressée : j’écoute.

- j’avais passé une matinée horrible. Mais vraiment horrible. Du genre dont on ne veut plus entendre parler. A midi, je suis allé à la librairie de la gare et j’ai acheté (ndlr : je ne sais pas pourquoi, je me suis tout de suite dit que c’était…) D’autres vies que la mienne, d’Emmanuel Carrère, que je n’avais pas encore lu. Je me suis installé dans une pizzeria, j’ai attaqué le roman… et j’ai inondé ma pizza de larmes…

En même temps, O., si, passant devant ta pizzeria, je t’avais aperçu en train de pleurer sur ton bouquin, je ne sais pas si j’aurais osé me pointer la bouche rouge en cœur pour te demander si je pouvais faire une photo…

- (ndlr : en transe, car j’adore ce genre de moments) ouiiiiii, ouiiiii, moi aussi je l’ai luuuuuuuuuu.
- … et le soir, j’ai continué la lecture, j’ai inondé mon oreiller.
- oh la la, je sais, c’est tellement juste, tellement beau. J’étais enceinte jusqu’aux dents quand je l’ai lu. J’ai sangloté du début à la fin. Ça a fait le même effet à J.C.

Non mais Emmanuel, franchement, vous avez vu ce que vous nous faites ?

6 Comments so far

  1. olivier, 18 janvier, 2011

    Ce n’est pas que ma Regina et mon oreiller que j’ai inondé… il faut y ajouter un plat de Linguine a la vongole le lendemain midi (et pourtant j’avais passé cette fois une excellente matinée).
    J’en veux donc à mort à Emmanuel Carrère. D’abord parce que la Regina à l’eau salée c’est franchement infect. Et puis surtout parce qu’écrire des textes aussi forts avec une telle économie de moyens, faire pleurer le lecteur en restant sobre, eh bien c’est à vous dégoûter à tout jamais d’écrire.
    Quant à la photo, tu as raté quelque chose du plus haut comique… Je pense que mes voisins de table de ce jour là en rigolent encore !

  2. Anne-Laure, 21 janvier, 2011

    @ olivier : à quand un club des victimes d’Emmanuel Carrère ?

  3. topeddu, 22 janvier, 2011

    S’il faut être 3 pour former un club, alors c’est parti, et j’en suis, bien entendu. Moi aussi j’ai inondé mon oreiller, d’émotion et de tristesse et de « mon dieu si c’était arrivé à ma petite fille…. ». Mais aussi pleuré de bonheur je crois : on ne se sent pas terriblement heureux et chanceux quand on lit un texte à la fois aussi sobre et aussi fort ? Je me souviens de l’été 2009 où j’ai lu ce livre, scotchée un peu trop souvent dans ma chambre à cause de mon tout-petit que j’allaitais. Et finalement contente de passer ces moments de quasi-intimité avec Emmanuel Carrère, pendant que ma belle-famille vivait bruyamment à l’extérieur. J’avais lu « L’adversaire » quelques années auparavant, d’une traite, déjà bluffée par ce style ultra-simple mais ultra-efficace, et littéralement scotchée par l’histoire de ce ‘freak guy’. J’avais mis un peu de temps à m’en remettre. Vraiment, Emmanuel Carrère, j’aimerais le rencontrer pour lui dire tout le bien que je pense de lui et la somme incroyable d’émotion qu’il a apportée dans ma vie quand je l’ai lu.
    Au passage, Anne-Claire, bravo pour ton blog que je trouve vraiment très très bien. Je me retrouve complètement dans ton style, ton approche. Continue !

  4. Anne-Laure, 22 janvier, 2011

    @ topeddu : merci pour ton beau témoignage. J’invite tous les lecteurs à raconter ici ce qu’ils en ont pensé.

  5. Fanny, 27 janvier, 2012

    J’ai lu l’Adversaire et Boule de neige, qui m’ont plutôt fait flipper mais que j’ai adoré… alors je serais bien curieuse de lire celui-ci… tu me le ramènes mardi???

  6. Anne-Laure, 27 janvier, 2012

    @ Fanny : yep, avec deux ou trois paquets de mouchoirs !! Et juste une petite rectif, c’est La Classe de neige, qui fait effectivement carrèrement flipper…

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