Morgane

Vendredi soir, j’attendais le bus en téléphonant à J.-C. (toujours cette histoire de ne pas pouvoir me déplacer sans parler).

Soudain, j’ai senti deux-trois gouttes, puis dix, puis un torrent s’est abattu sur mes pieds – spécialement chaussés pour cette journée où la pluie menaçait par des chaussures qui avaient survécu à ça, car je suis devenue une femme prévoyante qui, lasse de tâcher systématiquement de gras des vêtements neufs, a aussi toujours dans son sac une petite bombe de Terre de Sommière.

J’ai essayé de m’échapper, fait quelques sauts de cabri maladroits pour sortir de l’arrêt de bus, poussé de petits cris hystériques. Trop tard : j’avais les pieds trempés.

J’ai échangé quelques regards amusés avec les gens qui attendaient aussi et qui, eux, avaient échappé à la vengeance pas masquée du camion de nettoyage, parce qu’eux n’étaient pas au téléphone. Notamment avec Morgane. Je me suis dit – notez que même les pieds trempés, je ne perds pas le Nord – que je devrais lui demander si elle avait un livre dans son sac quand justement elle en a sorti un. J’ai reconnu la couverture d’un Katherine Pancol, Les Ecureuils de Central Park sont tristes le lundi. Vite, je me suis présentée, je lui ai demandé son accord. Et hop ! j’ai fait la photo avant qu’on s’installe dans le bus. D’abord, on a rigolé à cause de cette histoire d’arrosage de pieds. Morgane m’a dit qu’heureusement, je ne portais pas de chaussures en daim. Alors je lui ai expliqué que je sortais mes escarpins vernis spécialement pour les jours de pluie. Puis on a enchaîné sur le blog. Après avoir écouté ce en quoi consiste Je suis venue te lire… Morgane m’a raconté qu’elle en avait un aussi : parallèlement à son métier de graphiste et illustratrice, elle customise des poupées. C’est notamment de cela, en plus de son univers, dont parle Ezy’s Cuties.

On est revenues au livre qu’elle avait en main.

- Alors c’est bien ? Je n’ai jamais lu de Pancol.
- J’aime beaucoup. J’ai déjà lu les deux premiers, et là, je termine la trilogie. C’est vraiment sympa, ça part parfois dans des délires improbables et il y a plein de personnages qui évoluent en parallèle. C’est assez drôle en plus.
- Bon je me laisserai peut-être tenter. J’avais hésité à l’acheter pour le lire sur mon iPad. Et ça raconte quoi ?
- Oui. C’est l’histoire d’une femme dont le mari la quitte pour aller étudier les crocodiles et qui reste seule pour élever ses deux enfants. Elle a une sœur chercheuse au CNRS, à qui tout réussit, qui lui demande d’écrire pour elle un livre sur les femmes au XIIème siècle…
- On suit les personnages d’un tome à l’autre ?

- Oui, c’est ça.

De temps à autre, pendant notre discussion, Morgane ouvrait le livre, puis recommençait à m’en parler.

- Lorsque j’ai lu le premier, je crois que c’était exactement la bonne période par rapport à ma vie personnelle. Puis je l’ai prêté à ma mère qui a adoré aussi. Et j’ai lu la suite. Celui-là je l’ai commencé il y a trois jours (ndlr : elle en était déjà au dernier quart, alors que ce sont de sacrés pavés)
- Est ce que ça ressemble aux Chroniques de San Francisco ?
- (ndlr : Morgane a pris du temps pour me répondre) Non, ça ne ressemble à rien de ce que j’ai lu. L’univers est vraiment particulier. Ça parle de plein de choses à la fois. Parfois, on est au beau milieu d’une histoire, puis ça passe à une autre intrigue. On a envie de savoir la fin, mais on est obligé de patienter. Parfois même, quand l’intrigue reprend, j’ai oublié que j’en attendais le dénouement.

A un moment, je lui ai dit :

- Normalement, j’essaie de retranscrire l’intégralité de la conversation que j’ai eue avec la personne que j’interroge… Là, je suis mal.
- Alors j’arrête de parler
(ndlr : en cachant son éclat de rire dans son livre). Il y a des passages super drôles. Là, l’un des personnages doit séduire une vieille fille qui ne lit que des romans Harlequin. Il reprend tous les codes du genre pour la faire succomber (ndlr : avant de m’en lire un court extrait qu’évidemment je serais bien en peine de retranscrire ici, mais qui m’a bien faire rigoler).

On s’est encore marrées. Puis elle a enchaîné :

- Il y a plein de sujets dans ces romans, car on s’intéresse aux passions des personnages. L’une d’elles est passionnée de mode, donc le roman en parle de façon assez pointue. Tout comme de la musique. Et du XIIème siècle, puisque l’héroïne écrit un livre à ce sujet. Elle fait des ponts entre la condition de la femme au Moyen Age, qui avait pris une place importante et un certain pouvoir, notamment pendant les croisades, et la condition féminine actuelle...
… Et c’est le seul auteur que je connaisse qui emploie le terme « marmotter !

Là, j’ai dit :

- hein ?
- oui, « marmotter » à la place de « marmonner ». Je me souviens : à l’école, je l’avais mis dans une rédaction et la prof m’avait corrigée en écrivant non, c’est « marmonner ». Alors j’étais allée la voir. Et comme j’avais raison, j’avais eu trois points de plus
(ndlr : c’est exactement le genre de choses qui me rendait moi aussi très fière).

Entretemps, mes chaussures avaient séché. Allez, je vous les montre ?

2 Comments so far

  1. Anne-Laure, 6 septembre, 2011

    Suite à la publication de cette note, Morgane m’a envoyé un petit mail pour me donner quelques précisions. Voici ce qu’elle m’a dit :
    « J’ai terminé ma lecture le surlendemain de notre rencontre, et j’ai trouvé la fin un poil précipitée, donc je reste sur un petit sentiment de frustration.

    Je me rend compte que j’ai du parler très vite et que ça a du être très difficile de me suivre et de retenir tout mes propos, bravo à toi !

    Un petit erratum tout de même, la trilogie Pancoll commence bien par l’histoire de Joséphine abandonnée par son mari qui la quitte pour aller élever des crocodiles, mais c’est elle la chercheuse au CNRS. Sa sœur Iris, est la femme fatale qui a fait un mariage réussi et s’épanouit (en apparence) dans le luxe.

    Pour le mot marmotter il vient en fait du roman « les oiseaux se cachent pour mourir », je crois qu’on avait fait un parallèle avec la mièvrerie des Harlequins ».

  2. Cajou, 29 janvier, 2012

    Je n’abandonne jamais mes lectures. Même si c’est un calvaire (1Q84, par exemple, qui m’a fait suer sang et eau).
    J’ai lu le 1er de cette trilogie de Pancol. Pfff… nunuche… J’avais acheté le second dans la foulée. Pire que le premier. Nunuche et fadasse au carré. J’ai abandonné.
    Je ne me rappelle pas avoir abandonné d’autre roman en fait.

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