Mini Miss you

Une petite patineuse sous le feu des projecteurs. Cette couv’ sent bon le fait divers, les gros titres des journaux, l’Amérique de Little Miss Sunshine On Ice en version pas drôle. Et pour cause.

Petite soeur, mon amour s’inspire d’une affaire criminelle qui émut les Etats-Unis en 1996 : le meurtre sauvage et jamais élucidé de JonBenet Ramsey, mini-Miss de 6 ans.

« Moi, je suis l’enfant « survivant » d’une famille américaine tristement célèbre mais, près de dix ans ayant passé, vous ne vous souvenez probablement pas de moi : Skyler. (…) Raison pour laquelle – finalement – je me suis obligé à commencer ceci, sans trop savoir ce que ce sera, un genre de document personnel unique – pas simplement un témoignage mais (peut-être) une confession ».

Joyce Carol Oates refait l’histoire en se glissant dans la peau de Skyler Rampike, le frère ainée de la petite victime, devenue, pour les besoins de la fiction, Edna Louise alias Bliss, championne de patinage sur glace. Dix ans après le meurtre, junky et névrosé, Skyler relaterait sa version des faits et proposerait de résoudre le mystère.

Forcément, une fiction librement inspirée d’une énigme criminelle, ça titille l’inspecteur Columbo qui se dissimule en moi. Je me revois devant le téléfilm de 13h30 sur M6, souvent « tiré de faits réels », que j’ai pratiqué pendant quelques années avec des copines avant de retourner au lycée (que ceux qui ne l’ont jamais regardé me jettent la première pierre).

Mais une énigme criminelle qui entoure l’assassinat d’une enfant, ça met aussi profondément mal à l’aise. Je suis voyeuse, intriguée par une monstruosité.

Puis il y a le contexte familial et local : « notre fille est notre destinée », ne cesse de répéter la mère obsédée par le succès, qui voit dans le talent de Bliss la clé de son ascension sociale. Le père, entrepreneur millionnaire, adultère, qui baisse les bras devant le délire de son épouse. Le frère, aimant, mais jaloux aussi, évidemment. La façon dont se nouent et se dénouent les relations de voisinage, les maisons de banlieue bourgeoise, l’univers des concours d’enfants, les séances chez le coiffeur, la petite culotte qui dépasse sous la jupette, les injections en tous genre pour booster les performances, combattre la douleur, ne pas craquer…

Et puis la narration. Skyler parle de lui à la troisième personne du singulier. Ouah – il me faut au moins emprunter son interjection favorite à Holden Caulfield – c’est vraiment tordu. Il s’adresse régulièrement à son lecteur – moi, donc – renforçant mon malaise. Sans parler des notes de bas de page disséminées un peu partout, qui me donnent l’impression d’être face à un schizophrène en puissance.

Je n’ai pas encore fini. Mais à ce stade, il m’est difficile de dire si j’aime ou si je n’aime pas. Je crois ce livre n’entre tout simplement pas dans l’une de ces catégories. J’ai plutôt entre les mains une œuvre littéraire dont je ressens la puissance, sans pour autant être émue, qui m’interpelle, me tient en haleine. Qui est magnifiquement écrite et… dont j’ai vraiment eu du mal à parler.

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PS : Il faut quand même que je vous dise qu’il m’est arrivé un truc dingue. Je voulais donc prendre en photo Petite sœur, mon amour sur une pile de quotidiens. Je descends au kiosque. Et là, patatra, il n’y a pas de quotidiens aujourd’hui, justement aujourd’hui. Comme je suis pleine de ressources, j’ai décidé d’aller prendre le Métro gratuit du McDo. Je dédaigne le Big Mac qui me drague, je fonce, j’attrape le canard, je ressors aussitôt. Je l’ouvre au pif, et là, ce gros titre « La guerre des Miss aura lieu ». Totalement raccord, non ? La vie est bien faite parfois.

4 Comments so far

  1. valoche, 4 décembre, 2010

    Après des années à me désintoxiquer des téléfilms de M6, tu m’as donnée envie de replonger. Heureusememt que je n’ai plus la télé ! Par contre je ne dis pas non à cette lecture à mon retour:)

  2. Anne-Laure, 5 décembre, 2010

    @ valoche : session pizza-téléfilm chez moi quand tu veux !

  3. enparenthese, 17 décembre, 2010

    chouette votre site ! original ! alors de « Oates », si vous aimez, prenez « Les chutes », formidable scénario autour d’une famille, d’une superstition autour de ces fameuses chutes des Etats Unis. Vraiment un bon souvenir de livre.

  4. Anne-Laure, 17 décembre, 2010

    @ enparenthese : merci pour le commentaire et pour le conseil, je suis toujours preneuse. Tu me permets de sortir de mes sentiers battus !

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