Manhattan cowboy

Quand j’ai acheté Les Voleurs de Manhattan, j’étais surtout impatiente de lire un nouveau titre de la collection Americana de Gallmeister. J’avais tant aimé Totally Killer que j’espérais en retrouver l’esprit dans ce roman d’Adam Langer.

Quand je l’ai ouvert la première fois, je l’ai refermé aussitôt après avoir lu quelques lignes.

Je le sentais pas.

Puis, en rentrant de New York, je me suis dit que ce serait peut-être le bon livre.
Et patatras.
C’était parfait.

D’abord, ça se passait à Manhattan. Puis, il y a une galerie de personnages, qui évolue soit dans un café sur Broadway, soit dans le milieu de l’édition, soit dans les bibliothèques : un serveur frustré qui se rêve écrivain, une serveuse artiste à ses heures, un patron de bar pataud qui aurait voulu être un acteur, un auteur à succès absolument insupportable, une talentueuse jeune auteur roumaine et un mystérieux inconnu, surnommé « l’Homme confiant » par qui l’aventure arrive.

Le serveur, Ian, est au bout du rouleau, il n’arrive pas à être édité. L’Homme confiant lui propose un marché qui devrait changer sa vie. Ian accepte. Après tout, quand on peut enfin sortir de la galère, pourquoi ne pas vendre son âme au diable ? Ian commence donc à réécrire un manuscrit que l’Homme confiant n’a pas réussi à publier pour se l’approprier et en faire ce qui devrait être un très grand succès.

J’étais agréablement surprise par le texte dès les premières pages. J’aimais que les personnages soient désignés comme ils le seraient par quelqu’un qui décortique le roman et qui tente d’en parler en ayant oublié les prénoms. Le vocabulaire est bourré de références à la littérature, qui pourrait presque être agaçant.

Si.

Si quelques pages plus loin, Ian, pendant qu’il réécrit le manuscrit de l’Homme confiant, n’expliquait pas ce procédé.

« Tout au long du texte, [l'Homme confiant] utilisait un argot littéraire : il appelait un manteau « un gogol », un sourire « un cheshire », un parapluie « un poppins ». Pour un train, il parlait d’un « highsmith » car il en était souvent question dans les thrillers de Patricia Highsmith, l’argent étaient des « daisies » car dans Gatsby le Magnifique, F. Scott Fitzgerald décrit la voix de Daisy Buchanan comme « pleine d’argent ». A la fin de son manuscrit, [l'Homme confiant] avait inclus un lexique de ces termes littéraires mais je n’avais pas eu besoin de le consulter souvent ; le seul mot que je n’avais pas deviné était « canino », le mot que [l'Homme confiant] utilisait pour un pistolet et qu’il avait tiré du patronyme d’une homme de main dans le Le Grand Sommeil, une livre que je n’avais jamais lu ».

Les Voleurs de Manhattan est un roman qui raconte sans cesse sa propre genèse. Il se crée une mise en abîme d’autant plus habile qu’Adam Langer en profite pour distiller la recette du succès commercial et une bonne dose de cynisme sur le fonctionnement du milieu de l’édition.

Enfin, il y avait ce sommaire, auquel je n’avais pas prêté attention, mais qui dit presque tout.

La réalité rejoint la fiction ou peut-être est-ce l’inverse ou peut-être les deux et l’intrigue se déroule au rythme endiablé de courses poursuites et de chasses au trésor.

Il y avait tout, tout, pour que mon souvenir de Manhattan en se dérobe pas trop vite.

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