La Dolce Vita

Il a bien fallu que j’explique à J.-C. pourquoi je ne fermais pas les yeux de la nuit dans cette grande masseria.

C’est que je suis une grosse peureuse complètement urbanisée – je ne le dit qu’à vous, mais une nuit, j’ai dû dormir avec un peu de lumière, car il faisait noir noir noir et que je n’en n’ai plus l’habitude.

C’est aussi que je lisais La Douceur de la vie. Et qu’effectivement, c’est plus qu’un polar.

Alors, je lui ai raconté.

Tout se passe dans une ville de province autrichienne, au cœur de l’hiver. Une gamine de cinq ans est en train de jouer avec son grand-père.
On l’appelle.
Il sort.
Elle le retrouve quelques instants plus tard étendu dans la neige, la tête littéralement écrasée, comme si on avait roulé dessus.
Les jours qui suivent sont racontés du point de vue de plusieurs personnages. Le flic qui mène l’enquête, bien sûr, le pédopsychiatre qui suit la petite car elle s’est enfermé dans le silence, le petit frère d’un adolescent psychopathe qui vient de sortir de prison, un enseignant, un apiculteur, et même un pasteur.

Ces différentes voix sont terriblement dérangeantes. Chacun à sa manière, tous ces personnages ont l’air plus ou moins tordu et sonder ainsi le fond de leurs pensées file carrément les jetons. Le plus jeune des narrateurs m’a rappelé celui du roman de Joyce Carol Oates, Petite sœur mon amour.

Le pire, c’est que c’est plus qu’un polar. C’est comme un roman social qui dresserait un portrait de la violence ordinaire parallèlement à celui de l’extraordinaire violence du meurtre. Il y a le père violent, la mère, à l’hôpital, persuadée que sa fille est l’incarnation du diable, il y a le racisme et les troubles psychiques de certains habitants de la ville. Puis il y a les incapacités des uns et des autres.

J »ai tout dit à J.C.

Qui était l’assassin, les monstruosités commises par certains, tout ça tout ça.

Je lui ai aussi dit que ce n’était pas très bien écrit, qu’il manquait parfois des mots et que la traduction semblait bien malhabile. Que pour autant, le texte ne perdait pas de son efficacité.

Qu’il y avait un travail assez important fait sur la visualisation. Chacun des personnages plonge en effet de temps à autre dans ses souvenirs et revoit des scènes à la lumière desquelles il éclaire le présent. Une bonne idée, mais bien maladroitement exploitée, sans que je puisse vraiment affirmer qu’il s’agit d’un problème de traduction ou de style.

Je lui ai dit tout ça, un soir où je flippais encore total et où je n’avais pas voulu aller me coucher toute seule. J’avais toujours peur qu’il y ait un dangereux psychopathe en train de m’observer dans la nuit noire. Surtout qu’au bout de dis jours, on a trouvé dans une chambre un slip qui n’appartient à personne et que je suis persuadée qu’un taré est venu le déposer là pendant ma sieste.

Devinez quoi ?

Je dors beaucoup mieux, depuis ça.

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