La déchirure

L’autre jour, j’ai failli divorcer.

16h34 : sms de J.-C. « Tu as moyen avant mercredi matin de m’acheter l’intégrale du Livre de Dina en belle édition : kdo client ». Belle édition, c’est chez Gaïa, dans une espèce de collection poche, imprimée sur le papier rose dont je vous ai déjà parlé ici.

Je suis une pro du Livre de Dina. En plus, je suis une pro de traîner chez Gibert. Et surtout, comme chacun sais, je suis Wonder Woman.

Je garde le réflexe de regarder le rayon littérature scandinave depuis que j’ai constitué ma collection de cette saga à coup de visites régulières chez Gibert il y a cinq ou six ans. Donc, je sais que Gaïa n’imprime plus sur papier rose, mais qu’en plus Le Livre de Dina devient impossible à trouver dans cette édition-là, même d’occas’.

16h34’02″ Je réponds : « Ça paraît compliqué car notre édition ne se fait plus. Peut-être chez Gibert demain matin mais pas sûr ».

16h34’08″ J.-C. : « Tu bosses demain ou pas ? »

J.-C. ne sais jamais quand je bosse ou pas. Je finis par penser qu’il ne m’écoute pas et ça me rappelle un livre de Nicole de Buron qui s’appelle Chéri, tu m’écoutes ?

18h00 Je quitte le boulot. Entretemps, on a échangé 12 sms. C’est passé par « J’y vais moi -t’y vas toi », « Ça ferme à 20.00… -ah cool je peux y aller », « Et sinon dans une autre édition ? -Soit c’est poche, soit c’est moche », « T’es sûre ? -oui je suis sûre ». « C’est Gibert jaune ou Gibert bleu -C’est le bleu mais tu peux essayer au jaune aussi ». « Ok et à la librairie du quartier ? -Ils auront pas ». « T’es sûre ?? Oui je suis sûre ». « Attend je les appelle ». « En fait ils l’ont -Chez Gaïa ? -Oui chez Gaïa -T’es sûr ? -Ah non en fait c’est 10/18 -Ils sont jolis les 10/18 remarque »…

Bref, J.-C. doit me tenir au courant pour que je sache si je fais un détour pour aller à la librairie ou pas.

18h15 : j’appelle E. C’est mon moment de papotage hystérique avant de récupérer mon diablotin. Ma soupape avant de devenir Wonder Mother.

18h15’02″ double appel : « attends, c’est J.-C., faut que je le prenne… -Vas-y, vas-y » …
« Allô mon amour ? Ok. T’inquiète je m’en occupe »

18h16’12″ « E. ? C’est bon. On est en crise de nerf pour trouver Le Livre de Dina pour un de ses clients et moi qui suis une pro du Livre de Dina et blablabli et blablabla… »
18h16’48″ « Merde, attends c’est encore J.-C. » … « ALLÔÔÔ ???? Oui ouiiiiiiii je m’en occupe » (Mais il m’écoute pas ou quoi ????) …
18h17’12″ « Allô E. ? Allô ? »

E. a dû raccrocher. Grrrrrrr.

Allez, no soupape, no stress.

Ventre à terre, je traîne mon diablotin dans le quartier. La première librairie est fermée le lundi. Faut se dépêcher pour arriver à celle où J.-C. a fait mettre Le Livre de Dina en 10/18 de côté avant qu’elle ferme. Pendu à mon bras, mon petit diable chouine, mais j’avance, vaillante.

« T’inquiète pas mon chéri, on va rentrer à la maison, on cherche juste un livre pour papa. Youhou, regarde les petits poussins dans cette vitrine. Viens, on va voir si il y en a plus loin… Non mon cœur, maman a mal au dos, maman ne peut pas te porter, youhou, viens voir les petits poussins… aller, on court ? Non ? Bon. Non mon chéri maman ne peut pas te porter, elle a ses escarpins et elle ne pensait pas ce matin qu’il faudrait monter la rue des Martyrs au pas de course… Si tu continues je te laisse là et le vilain monsieur va venir te chercher mon cœur…. »

J’entre dans la librairie, je prends les 5 premiers volumes, J.-C. passera chez Gibert pour les 3 derniers. Ça paraît compliqué comme ça, mais on a assuré nos arrières.

- Vous voulez un paquet ?
- Non merci, comme mon mari arrive plus tard avec la suite, on le fera.

Mission accomplie.

20h35 J.-C. arrive et me tend un paquet cadeau. Il a quand même pas fait emballer à part les trois derniers volumes du Livre de Dina ???

Moi : « Mais non, fallait pas le faire emballer, puisqu’il faut que j’ajoute ceux que j’ai achetés… »
Lui : « Tu les as achetés !? Mais on se comprend pas ou quoi ? Pourquoi crois-tu que je suis passé chez Gibert ?????
Moi : « mais tu te fous moques de moi, tu me stresses pour que j’aille à la librairie et tu rachètes l’intégrale de ton côté ???? J’ai traîné C. dans tout le quartier !!!! »
Lui : « mais je t’ai dit que je voulais pas en poche, ça fait trop cheap pour un cadeau client »
Moi : « n’importe quoi, tu m’as dit que tu les avais fait mettre de côté ! Ils sont beaux les 10/18 d’abord ! Plus que l’horreur que tu viens d’acheter ! »

Ce que je ne savais pas, à ce moment où ma voix montait dans les aigus, c’est qu’en fait, le cadeau que J.-C. me tendait, il était pour moi…

« Rhhooooo, c’est pour moi ! Mais pourquoi ? Merci merci mon amour… C’est quoi ????… Mais ?!? Il est déchiré ! »

C’était Ce qu’il advint du sauvage blanc. J.-C. l’avait acheté d’occas’ et il avait voulu enlever l’étiquette jaune sur la tranche, mais il savait pas que souvent, y a un bout de la couverture qui vient avec. Alors que moi qui suis une pro de traîner chez Gibert (et qui écoute toujours quand mon mari me parle, mais c’est une autre histoire), JE SAIS.

BILAN DE LA JOURNÉE

1,5 Livre de Dina acheté,
20 sms + 2 coups de fil pour s’apercevoir qu’en fait, on ne se comprend pas,
1 livre déchiré, appétissant cependant, de plus dans ma pile de livres à lire,

Et toujours, de temps à autre, des petits cadeaux, comme ça, pour rien.

Après tout, c’est pas si grave, si on ne s’écoute pas.



5 Comments so far

  1. In Cold Blog, 5 avril, 2012

    Pauvre JC, c’est pas sa faute non plus si ils sont trop stupides/paranos/vieille France (rayer els mentions inutiles.. s’il y en a) pour utiliser des étiquettes qu’on ne peut décoller qu’au marteau-piqueur !

  2. Anne-Laure, 5 avril, 2012

    @ in Cold Blog : allez, je raye stupides et paranos, parce que c’est un rituel sacré, en ce qui me concerne, le décollage délicat d’étiquettes jaunes après une razzia !

  3. dominique pariselle, 5 avril, 2012

    Dans le genre littérature norvégienne connais tu le livre « KARITAS sans titre » de Kristin Marja Baldusdottir (avec un accent sur le « o ») il est paru chez Gaïa sur papier rose -même que ça me filait la gerbe et que j’étais obligée de lire avec un foulard rouge sur ma lampe de chevet- mais très très bien, ambiance entre le Livre de Dina, Les Chaussures Italiennes mais en plus miséreux avec des gamines qui travaillent dans les salaisons de morues avec le sel qui leur ronge les gerçures des mains…mmmmm…que du bonheur.

  4. Nymphette, 8 avril, 2012

    Ah tiens, tu nous diras si c’est bien cette histoire de sauvage blanc… et … les hommes n’écoutent JAMAIS!

  5. Anne-Laure, 12 avril, 2012

    @ dominique pariselle : il me semble que tu m’a déjà parlé de cette histoire de salaison de morues, et là, je sais pas pourquoi, ça me fait bien envie. Je vais peut-être envoyer J.-C. me le chercher chez Gibert… Dans le genre bien glauque, il y a la Trilogie de Tora, d’Herbjorg Wassmo. Inceste, handicap, violence, tout y passe.
    @ Nymphette : je te dirai. Parfois, ils écoutent un peu !

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