Florence

Je me suis assise en face de Florence, et on s’est décalées en même temps vers la fenêtre pour laisser d’autres gens s’asseoir, en échangeant un sourire. Elle s’est replongée dans sa lecture, et je n’osais pas l’interrompre, doublement concentrée qu’elle était : livre + casque sur les oreilles.
Mais je voyais les stations passer et son livre, Motel Blues, avait l’air pas mal.

Il s’est passé ce petit truc qui se passe souvent au niveau de mon diaphragme quand je prends mon courage à deux mains avant d’aborder quelqu’un. On respire et on y va !

Je m’y suis reprise à deux fois et Florence a enlevé ses écouteurs avant d’accueillir ma demande d’un grand sourire.
Elle m’a expliqué :
- L’auteur, Bill Bryson, est américain. C’est un journaliste qui a passé la plus grande partie de sa vie en Grande-Bretagne. Peut-être que vous l’avez déjà lu, il a aussi écrit American Rigolo.
- Ah non, je ne connais pas.
- Bon. Donc, ce journaliste vit en Angleterre, et à la mort de son père, il décide de retourner aux Etats-Unis. Il vient d’un trou paumé de l’Iowa et il a toujours considéré que les paysans américains étaient des bouseux sans intérêt, ambiance « ça va bien deux secondes, mais bon ». Alors, de la maison où il a grandi, il reprend la route qu’il empruntait avec ses parents quand la famille partait en vacances. Mais cette route se prolonge, et finalement, il fait un très long voyage, qui consiste en deux grandes boucles au cœur des Etats-Unis.

Florence m’a alors montré la carte de des voyages en question, deux grandes ailes de papillons, l’une à l’Est, l’autre à l’Ouest du territoire américain. Depuis, j’ai fait des recherches, et le titre original de Motel Blues, publié en 1989 est The Lost Continent: Travels in Small-Town America, ce qui en dit déjà pas mal selon moi.

- Et là, j’ai pas encore fini la première boucle… Et c’est très joli ! (ndlr : encore avec un grand sourire).

On est vite descendues du métro, et comme j’étais un peu en retard au cinéma, on n’a pas discuté autant que j’aurais voulu.

Florence m’a demandé ce que j’allais voir.
- Aux yeux de tous… Et après j’irai voir My week with Marilyn (quand on sait que ce jour-là j’avais déjà vu A moi seule, je pouvais avoir l’air d’une grande malade).
Florence m’a répondu :
- J’ai été voir Perfect Sense, je pensais que ce serait un navet intersidéral, et en fait, non, c’est pas mal, j’ai même trouvé la fin assez gonflée…
- Mais je vois pas du tout de quel film il s’agit…

Après quelques détails donnés par Florence, j’ai réalisé qu’il s’agissait d’un film sur une histoire de contagion.

- Ah, oui, je vois, ces thématiques m’interpellent toujours (ndlr : mais je ne vois pas ces films, sinon je suis bonne pour virer phobique. Vous vous rappelez des gens qui se baladaient avec un masque chirurgical pendant la grippe A ? C’était moi. Ah oui, j’ai aussi peur de me faire assassiner dans la salle quand il m’arrive d’aller voir un film d’horreur, mais c’est une autre histoire…)
- Ah mais non, là, ça rend pas parano, en fait, la contamination n’est qu’un prétexte, finalement, ce n’est pas le cœur du film.

On s’est dit au revoir et j’ai foncé à Bibli, où bien sûr, et pour ne rien changer à mes habitudes récentes (remarquez, avant, je m’endormais, je sais pas ce qui est mieux… ou pire), j’ai raté les cinq premières minutes d’Aux yeux de tous… ce qui ne m’a pas empêchée de me laisser embarquer.

5 Comments so far

  1. LetterBee, 13 avril, 2012

    J’ai adoré lire cette rencontre.
    (PS: j’avais également peur de me faire poignarder dans la salle de ciné lorsque j’allais voir des films ‘horreurs ^^ »)

  2. Un autre endroit..., 13 avril, 2012

    Finalement, dans le métro où je vais une fois tous les 10 ans à peu près (!!!), les gens font la tête mais quand on leur parle, il montre leur sourire. C’est plutôt rassurant ! Vive les livres !

  3. Un autre endroit..., 13 avril, 2012

    ils montrent…la fatigue pardon !

  4. Florence, 14 avril, 2012

    Quelle mémoire !

    Les rencontres furtives sont bien les meilleures.

    J’ai fini la première boucle. Moi aussi je veux une Chevrolet cradingue :-)

  5. Anne-Laure, 16 avril, 2012

    @ LetterBee : si je comprends bien, tu fais comme moi, tu n’y vas plus !
    @ Une autre endroit : hé oui, en un an et demi, je n’ai eu qu’un refus.
    @ Florence : Et moi je veux que tu reviennes ici dire ce que tu en as pensé quand tu l’auras terminé.

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