Femme au bord de la crise de nerfs

Le David Vann nouveau était tout frais (autant que les dorades ci-dessus avant notre festin) quand je l’ai glissé dans ma valise. Je l’avais attendu toute l’année, encore toute secouée que j’étais par Sukkwan Island. Alors bien sûr, je n’ai pas pu m’empêcher de faire une lecture comparée.

Désolations ne pouvait pas autant me surprendre que Sukkwan Island. Néanmoins, j’y ai retrouvé tous les ingrédients qui avaient fait de ce premier roman un texte d’une force implacable. Le décor est constitué de ces paysages d’Alaska qui me fascinent tant. Et dont la rudesse participe de la tension que David Vann sait si bien distiller et qui m’a valu un bon mal de ventre pendant toute ma lecture… et même quand je ne lisais pas = cauchemars.

La famille et plus particulièrement les relations conjugales y sont soigneusement disséquées. Et si j’ai trouvé l’ensemble des personnages de Désolations passablement exaspérants, alors que j’éprouvais une profonde empathie pour Roy, le jeune protagoniste de Sukkwan Island, je n’en ai pas moins été une fois encore bluffée par la façon dont est fouillée la psychologie de personnages entraînés de gré ou de force dans un tourbillon pathétique.

Irène et Gary sont sur un bateau. Il convoient un chargement de rondins jusqu’à Caribou Island, ilot désert qui fait face à leur maison sur les rives d’un lac, pour y construire une cabane de rondins. Y passer une retraite retirée. Irène a du mal à supporter le froid et son mari. Pourtant elle le suit dans ce projet un peu fou. Sans doute espère-t-elle sauver son couple en déliquescence, au sein duquel les agacements prennent chaque jour plus de place.

« Ce qu’elle voulait, c’était qu’il s’allonge à ses côtés. Tous les deux sur la plage. Ils abandonneraient, lâcheraient la corde, laisseraient dériver le bateau au loin, oublieraient la cabane, oublieraient tout ce qui avait cloché au fil des ans, rentreraient chez eux, se réchaufferaient et recommenceraient de zéro. Cela ne semblait pas impossible. S’ils le décidaient tous les deux, ils en seraient capables.
Mais au lieu de cela, ils avancèrent dans l’eau froide, les vagues s’écrasant sur leurs genoux par-dessus leurs bottes, et ils grimpèrent dans le bateau. Irène s’agrippa aux rondins et enjamba le plat-bord en se demandant pourquoi elle faisait tout cela. L’élan de ce qu’elle était devenue auprès de Gary, l’élan de ce qu’elle était devenue en Alaska, l’élan qui l’empêchait de s’arrêter en cet instant et de rentrer à la maison. Comment était-ce arrivé ? »

Le lendemain, Irène se réveille avec une douleur à lui fendre le crâne, qui pulse derrière son œil au rythme de son cœur. Sa fille, Rhoda, tente de l’aider. Rhoda, dont la relation avec Jim semble n’être qu’une vaste escroquerie. Les deux couples, et d’autres, évoluent en parallèle, entre espérance et fatalisme. Ils sont en danger, c’est certain, mais impossible de savoir d’où, finalement, ce danger surgira. Cette migraine inexplicable et qu’aucun antalgique ne suffit vraiment à contrôler n’est sans doute que le premier symptôme.

De quoi ?

Je ne vous le dirai pas.

Sachez juste que Désolations est une tragédie, mais que l’espoir est sans doute ce qu’il contient de pire…

… Et qu’à présent, quand J.-C. m’embête, je le préviens : « Attention, tu pourrais mal finir… »

4 Comments so far

  1. E.b, 22 novembre, 2011

    Quelle photo! Quelle note! Désolamment géniales…

  2. Anne-Laure, 22 novembre, 2011

    @ E.b : sorry…

  3. Cajou, 29 janvier, 2012

    Il est dans ma PAL. mais ayant lu Sukkwan Island il y a suelement 2-3 semaines, je préfère encore attendre avant de me frotter une fois de plus à David Vann (je me sens encore oppressée rien que d’y repenser).
    Et la photo… wow… !

  4. Anne-Laure, 30 janvier, 2012

    @ Cajou : oppressée… c’est le bon mot !

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