Expérience in(t)é(r)dite

Parce que les écrits restent, même sur un blog, j’ai lu Pieds nus sur les limaces.

Après.

Après avoir vu Pieds nus sur les limaces.

« Depuis que maman est morte, c’est moi qui m’occupe de Lili. Elle va mieux ces derniers temps. Ses médicaments semblent l’avoir stabilisée. Elle est plus calme. Lili est ma sœur. Une sœur de sang qui boit du vin et se nourrit d’épluchures, histoire de ne pas prendre trop de poids. Une fantaisie de son esprit. Lili aime la peau des pommes de terre. La peau de saucisson. Lili aime la peau. Toutes les peaux. Quand elle ne la mange pas, elle la garde dans les tiroirs de sa commode. Les peaux des taupes, des lapins, des mulots, de tous les petits animaux qui lui tombent sous la main. Dans la journée, Lili tue beaucoup de petits animaux pour récupérer la peau. Elle dépèce, lave et fait sécher ses proies sur la corde à linge. Ça l’occupe. Quand je prépare les repas, Lili me demande toujours : « Qu’est-ce que tu épluches de bon ce soir ? »
Je laisse faire. Je ne peux pas tout contrôler. Je m’occupe de Lili. Je lui donne ce que je peux. Ce que j’ai. Ma vie »
.

Avant ces quelques lignes, il y a la couverture. Sur la couverture, il y a l’affiche du film.

Pour moi, la messe est dite : Lili est Ludivine Sagnier et Clara, Diane Kruger. Mon imagination est bridée par les images qui me restent de la séance. Pendant toute la lecture, je fais des va-et-vient entre mes souvenirs et le texte.

J’adore ça.

C’est comme si je voyais tout le travail d’écriture du scénario se dérouler sous mes yeux. Où commence l’histoire ? Qui s’efface, qui prend de l’ampleur ? Qu’est-ce qui sera vu, qu’est-ce qui sera dit ? Comment trouver le décor, « ce château amputé de ses tours. Un château sans tête pour une famille de cinglés » ? Comment restituer l’univers si particulier de Lili ? Sur ce point, j’ai été impressionnée. Celui du film était génial. Valérie Delis a créé un « Bureau de Lili », qui concentre à la fois son obsession pour les peaux, sa fantaisie créative et, la douleur du décès du père, le premier qui marqua la famille, Clara surtout. Et puis cet espace dans les sous-bois, les arbres habillés de tricots, l’humus planté d’une forêt de pieds de poupées… A la fois morbide et magique.

Pieds nus sur les limaces, le livre, est le récit fait par Clara, l’aînée des deux sœurs, de sa vie auprès de Lili. L’écriture est presque adolescente, saccadée, urgente. Mais maladroite. Elle exprime la lassitude de Clara. Sa fatigue aussi. Le film donne tout son sens à ce journal intime sombre. Sans lui, je ne l’aurais pas lu. J’aurais sans doute eu du mal à en apprécier le fond, tant la forme est inhabile.

Lire après avoir vu. Une expérience quasi inédite pour moi. Interdite à l’avenir, pour les livres qui me font vraiment envie. Histoire de laisser le champs libre à mon imagination…

PS : Au passage, Lili est orthographié « Lili » dans le livre et « Lily » sur la quatrième de couv’. Ça m’agace, j’en ai la mâchoire crispée. Vous trouvez que j’exagère ?

6 Comments so far

  1. Siana, 7 janvier, 2011

    Ha oui en effet c’est écrit « Lily ». Soit il y a une histoire avec les droits d’auteur qui ont forcé a changer l’orthographe du prénom, soit c’est une erreur sote de la part des affichistes.

  2. Nymphette, 10 janvier, 2011

    Belle expérience, que tu relates avec talent. Pour ma part, pour le moment, je n’ai vu que le film, que j’ai trouvé très riche, et assez anxiogène. J’ai lu chez une bloggeuse, Canel, que le livre évoquait un relation entre l’époux de Clara et Lili qui n’existe pas du tout dans le film (en tous cas, je ne l’ai pas vu), je trouve que c’est un changement important, sur le fond, non?

  3. Anne-Laure, 10 janvier, 2011

    @ Siana : je ne comprends pas en quoi les droits d’auteurs peuvent intervenir entre le contenu d’un livre et la 4ème de couverture. Tu as des explications ?
    @ Nymphette : Effectivement, le livre raconte cette relation. C’est un changement énorme qui a été fait dans le film et j’ai justement apprécié cette différence aussi pendant ma lecture, comme l’un de ces nombreux va-et-vient qui m’ont permis de décoder le travail d’adaptation. Mais j’avais fait le choix de ne pas en parler ici, pour deux raisons je pense. La première, c’est que j’essaie de ne pas trop dévoiler le contenu de mes lectures. La seconde, c’est que pour le coup, j’ai trouvé cette relation vraiment anxiogène. L’effacement de Clara face à elle m’a fait froid dans le dos.

  4. Nymphette, 11 janvier, 2011

    En effet, c’est bien de ne pas en parler dans ton article pour ceux qui ne l’ont pas lu… :-) Je me suis permis de te demander ton avis sur ce point précis car tu connais les deux versions! Merci de ta réponse, que je comprends très bien!

  5. AnneLaureT, 17 janvier, 2011

    Je n’ai pas vu le film. Mais j’ai beaucoup aimé le livre…

    En général, je préfère voir le film puis lire le livre, plutôt que l’inverse : je trouve qu’il y a moins de chances d’être déçu(e) dans ce sens-là ! Enfin, c’est juste mon expérience qui parle !

    *

  6. Anne-Laure, 17 janvier, 2011

    @ AnneLaureT : une posture inattendue et intéressante… L’important serait-il de ne pas être déçu ? J’ai toujours pensé que l’important était de voir ce que l’on avait fait d’un texte, mais j’avoue que tu me donnes à réfléchir. Une question : est-tu déçue par les livres du coup ?

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