Esprit, es-tu là ?

Quand j’ai croisé V. à la sortie du métro, je lui ai dit :

- tu sais, je pensais justement à toi, car j’étais plongée dans Les Revenants et vraiment… j’aime bien…
- ah oui, mais tu sais, ce week-end, j’ai trié plein de magazines, et j’ai vu que les critiques en disent vraiment du bien… comme si celui-là avait quelque chose de plus.

Quelques jours plus tôt, V. m’avait dit, à propos de Laura Kasischke :

- Alors, moi, cette fille, j’ai lu plusieurs de ses bouquins. Le premier, Un Oiseau blanc dans le blizzard, j’ai adoré. Mais par la suite, j’ai eu l’impression de toujours lire la même chose. Donc quand j’ai vu sortir le dernier, je me suis dit que je ne le lirais pas..

Et moi de me lancer dans un monologue expliquant pourquoi ça me plaisait. J’y retrouvais un peu du brio de David Lodge pour décrire le monde universitaire, j’aimais ce procédé narratif qui consiste à raconter l’intrigue du point de vue de différents personnages. Qu’aussi je suis très bon public quand il s’agit de ce type de contexte : milieu estudiantin, sororités sur les campus, vie en résidence, etc… Ce que je ne lui ai pas dit, c’est que ça remonte certainement, mais gardez ça pour vous, hein, à la lecture des trois seuls Harlequins que j’ai jamais lus. Ils traînaient dans la bibliothèque (note pour plus tard : remercier ou interroger mes sœurs) et les trois parlaient de jeunes-et-jolies-étudiantes-qui-manquaient-de-confiance-en-elle-mais-apprenaient-à-s’aimer-et-rencontraient-un-garçon-qui-les-aimait-vraiment-je-veux-dire-pas-le-plus-populaire-de-la-fac-mais-un-qui-savait-qui-elles-étaient-au-fond-et-tout-finissait-bien-entre-épanouissement-personnel-et-mépris-des-apparences. Au passage, il y avait des chambres d’étudiantes joliment décorées, de la junk food en veux-tu en voilà, des nuits à bosser pour rendre ses devoirs, de la drague et des soirées d’anthologie à tous les étages des résidences universitaires.

Les Revenants ne baignent pas dans cette eau de rose-là. Tout commence, comme me l’avait dit Romain, par la mort d’une étudiante dans un accident de la route. Et le retour, plusieurs mois après les faits, de son petit ami considéré comme le responsable de l’accident sur le campus.

Laura Kasischke adopte plusieurs points de vue : celui de ce jeune homme, devenu en partie amnésique après l’accident, celui de son compagnon de chambre, celui de la femme arrivée la première sur les lieux de l’accident, celui d’une enseignante qui a le bon goût d’être spécialiste des pratiques funéraires et des rituels autour de la mort.

Ce regard-là, justement, m’a particulièrement plu, en ce qu’il m’incitait à observer avec une certaine distance les événements, à les considérer comme le matériau d’une étude et pas seulement comme une étonnante histoire qui m’était racontée. Soudain, tout le travail de deuil des personnages, les manifestations étranges qui se produisaient, devenait une sorte de folklore passionnant.

La construction polyphonique, que je ne vois certes pas pour la première fois – à croire qu’on apprend à écrire comme ça dans les universités US – est vraiment vraiment maligne. A chaque chapitre, j’en savais un peu plus sur chaque personnage et surtout, j’en savais un peu plus QUE chaque personnage – mais pas tout, hein, faut pas abuser quand même, on n’est pas dans Columbo. Car l’intrigue se transformait peu à peu en enquête et j’attendais avec impatience le moment où les protagonistes allaient enfin se rencontrer et mettre ensemble toutes les pièces du puzzle.

Ce qui n’a pas manqué d’arriver.

La chute fut odieuse et cynique.

Délicieusement frustrante.

3 Comments so far

  1. Sabine, 10 mai, 2012

    As-tu déjà pensé à faire des chroniques littéraires et je parle d’en faire ton métier hein, pas juste un blog.
    Non parce que là, pour changer, j’ai drôlement envie de le lire celui-là aussi.

    Ou alors libraire, tu ferais fortune ;-)

  2. jibi29, 13 mai, 2012

    à la lecture de ce post, j’ai eu également le même sentiment.
    il est vrai que dès que je n’ai rien de croustillant à me mettre sous la main, je viens faire un tour ici, histoire de trouver une nouvelle lecture à dévorer !

    d’ailleurs, en parlant de dévorer : j’ai lu l’apiculteur de fermine maxence. as- tu déjà eu ce livre entre les mains ? et si la réponse est positive, qu’en as- tu pensé ??

    « Aurélien Rochefer était devenu apiculteur par goût de l’or. Non qu’il fût avide de richesses, ni même qu’à récolter le miel il eût la moindre chance de s’enrichir, mais parce que, en toute chose, il recherchait ce qu’il appelait bien singulièrement l’or de la vie.
    C’était un être en quête de beauté. Pour lui l’existence ne valait la peine d’être vécue que pour les instants de magie pure qui la traversaient.
    En 1885, Aurélien eut vingt ans et il commença à rêver des abeilles. Il avait le projet de construire une dizaine de ruches et de faire du miel. Il savait qu’il allait devenir le seul apiculteur de Langlade et le miel qu’il allait vendre serait le meilleur de toute la Provence.
    Et ce projet, aussi insolite fût-il, suffisait à faire de sa vie un rêve. »

    de mon côté, j’ai acheté rhum caraïbes du même auteur… et ne devrai pas tarder à en entamer la lecture…

    au plaisir de lire ton prochain post… ou de découvrir quelle sera ta prochaine « street reading » rencontre !!

  3. Anne-Laure, 15 mai, 2012

    @ Sabine : ce serait bien, en effet, de faire fortune ! Je vais étudier ta suggestion, car l’heure est justement au changement !
    @ jibi29 : hé non, je ne l’ai pas lu. Tu me diras ce que tu as pensé du second livre.Quoi qu’il en soit, cet auteur a l’air d’aimer les plaisirs terrestres ! A bientôt.

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