Des cœurs en hiver

L’autre jour, on parlait bouquins avec E. Elle m’a conseillé Olivier Adam. « Tu sais, c’est vraiment magnifique, très poétique et émouvant », d’un ton qui n’appelait pas plus de commentaires. J’ai noté mentalement.

Puis M., avec qui on passait en revue le catalogue Point Deux parce que je lui disais que j’étais fan du format, mais que la collection était bien maigre, en a rajouté une couche. On parlait plutôt des polars, mais quand j’ai évoqué Olivier Adam, elle a dit : « Ah oui, c’est autre chose, mais c’est vraiment très bien ».

Ça n’a pas fait un pli. Dès que j’ai vu une librairie, j’ai acheté Des vents contraires, qu’en plus j’ai prévu d’aller voir au ciné. C’est une histoire d’absence, mais surtout l’histoire de l’amour féroce d’un père pour ses deux enfants.

« On a mangé nos galettes en un temps record. La petite était aux anges, n’arrêtait pas de chanter et d’inventer des comptines, des histoires bourrées de lapins, d’écureuils, de lutins, de clairières et de bois sombres. De son sac africain elle avait sorti une dizaine de figurines (…). Au milieu des assiettes entre deux bouchées nous avons simulé des combats sanglants, des baisers qui sans faillir réveillaient de belles assoupies et quelques bals ennuyeux. On est repartis comme des amoureux, Clément bougonnait quelques pas derrières, il était fatigué et il avait froid. De tout le repas il n’avait pas décroché le moindre mot mais je n’étais pas inquiet, il me semblait que les choses allaient déjà mieux, mieux que je ne l’avais espéré en tous cas. Nous sommes rentrés à l’hôtel et le minibar était plein, j’ai disposé les six mignonnettes sur la table de la terrasse, sorti trois couvertures et tandis que Clément sombrait dans le sommeil, tordu dans son transat, j’ai bu dans le froid qu’attisait le vent, Manon lovée dans mes bras. De temps à autre elle sortait la tête de son écrin de laine et, le sourire aux lèvres et la voix engourdie, m’annonçait qu’elle m’aimait, ou qu’elle n’avait pas sommeil. J’ai dû m’endormir avant elle ».

Et le soir, je disais à JC : « Je crois que j’ai trouvé un auteur qui me touche autant qu’Emmanuel Carrère ».

L’air de rien, c’est important dans une vie.

6 Comments so far

  1. Jules, 13 janvier, 2012

    J’adore Carrère et j’adore Pointdeux, je devrais donc me lancer et lire celui-ci!

  2. Sabine, 16 janvier, 2012

    Et elle rallonge, ma liste, elle rallonge…

  3. Delphine, 17 janvier, 2012

    Je n’ai pas eu le même coup de coeur pour Carrère que pour Olivier Adam mais j’ai aimé les livres que j’ai lu de lui (je trouve à force qu’ils se ressemblent trop malheureusement).

  4. Anne-Laure, 18 janvier, 2012

    @ Jules et Sabine : allez-y, c’est une belle découverte en ce qui me concerne.
    @ Delphine : je n’ai pour l’instant lu qu’un seul Olivier Adam, mais tout en étant aussi touchée que par Carrère, je trouve leurs écritures vraiment différentes. Et bien qu’ils parlent des mêmes choses, je trouve Olivier Adam beaucoup plus lyrique que Carrère, qui lui est plutôt dans une recherche constante d’efficacité de la langue.

  5. E., 19 janvier, 2012

    Delphine, Olivier Adam creuse le même sillon livre après livre mais son style s’épure. Et l’émotion est toujours au rendez-vous.

  6. Anne-Laure, 26 janvier, 2012

    @ Emilie : je suis tout à fait d’accord avec toi. Quand je parle d’efficacité, bien sûr, je ne parle pas de rendement mais d’une recherche perpétuelle du mot et de la formulation justes. Le résultat est qu’il traduit parfaitement les émotions humaines et est donc très touchant… Ce qui à mes yeux est efficace.

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