California Dream

Ça faisait pas mal de temps – peut-être deux voire trois semaines – que j’étais plongée dans la lecture de Famille modèle. Ma lecture touchait à sa fin, j’entendais bien la savourer. Warren avait décidé de quitter le Wisconsin et d’emmener toute sa famille vivre le rêve américain en Californie, et je suivais les aventures de ce père de famille, son épouse et ses trois enfants presque aussi assidument que celles des Walsh en leur temps.

Mais ici, point de Beverly Hills. Le rêve américain n’étant pas toujours ce qu’il devrait être, les Ziller ont eux, atterri à l’orée du désert du Mojave. Et Warren, qui a pour ambition de devenir promoteur et fortuné, s’englue dans une opération immobilière poisseuse, ce dont il n’a pas leur cœur – évitons d’être grossiers – de faire part à sa famille. Tous, et surtout Camille, son épouse, continuent de vivre avec des moyens qu’ils n’ont plus, laissant Warren s’enfoncer dans des mensonges toujours plus ridicules : la voiture a été volée (entendez : elle n’a pas été saisie), et ces hommes sont venus reprendre les meubles de location car nous en attendons de nouveaux. Des mieux, hein…

La famille se fissure.

Eric Puchner prend un malin plaisir à en sonder les moindres failles. Camille l’épouse intègre et donneuse de leçons n’est peut-être pas si droite qu’il y paraît, Dustin, le brillant adolescent béni des dieux se découvre une obscure attirance pour une étonnante et jeune marginale, Lyle, l’intellectuelle de la famille a besoin de se prouver qu’elle peut plaire et Jonas, le petit dernier livré à lui-même s’enfonce toujours plus avant dans son isolement… C’est parfois cocasse, souvent simplement désespérant. Enfin, jouant à la « vraie vie », Puchner invente de fausses pistes. On pense qu’un événement sera déterminant pour la suite. Pourtant non, il arrive autre chose et l’histoire poursuit son cours chaotique dans une nouvelle direction.

Jusqu’au jour où.

Cet équilibre précaire vole en éclats – et c’est peu de le dire. La débâcle se transforme en véritable tragédie.
A la libraire, on m’avait prévenue : « Ce qu’il y a de génial avec Puchner, c’est qu’il aime vraiment ses personnages ». C’est sans doute pour cette raison que je me sentais aussi abattue. Si triste que le sort s’acharne ainsi sur eux. Frénétique, j’ai fouillé la dernière partie à la recherche d’une étincelle d’espoir.

Comme je n’avais pas eu le temps d’arriver au bout le matin dans le métro, je me suis dis : « je le finirai ce midi ». Alors, à la cantine, j’ai pris mon p’tit plateau et exprès un plat que je pouvais manger à la fourchette, pour pouvoir tenir ce gros bouquin de l’autre main. Je l’ai ouvert. J’ai lu quelques lignes. Planté ma fourchette dans un morceau de je-ne-sais-plus-quoi et mâché lentement. J’étais partie pour une belle séance de lecture, suspendue aux mots d’Eric Puchner et je voulais avoir à manger jusqu’à la dernière phrase. Vous savez, comme quand on se dit qu’on va faire durer le pop-corn – ou le paquet de m&m’s tout le film et qu’on l’a fini avant la fin des bandes-annonces.  J’ai tourné la page. Continué ma lecture, tout en sentant bien que quelque chose clochait.

Comment Warren allait-il finir ?

Ben… Il allait finir très vite, parce qu’en fait, quand j’ai tourné la page suivante, j’ai vu que c’était la dernière. Temps de repas : 20′ – temps de lecture : 2’30…

3 Comments so far

  1. Sabine, 10 janvier, 2012

    Ah ben voilà, maintenant j’ai envie de le lire celui-là aussi, c’est malin… ;-)

    Sinon, sympa, les photos avec Barbie et Ken !

  2. Un autre endroit..., 11 janvier, 2012

    Il est là…juste à côté sur les étagères de la bibliothèque…sauf qu’il n’est pas tout seul…oh mais peut-être le prendre quand-même ! C’est malin !

  3. Anne-Laure, 18 janvier, 2012

    @ Sabine : Barbie et Ken… tout un poème, n’est-ce pas ?
    @ Un autre endroit : alors, tu as choisi quoi finalement ?

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