Bonjour paresse

Je vous avais dit que je reviendrais vite.

Mais tout est relatif.

J’ai la tête je ne sais pas où, mais surtout ailleurs. Pourtant, je dévore à belles dents les livres que j’ai en stock et j’ai une furieuse envie de partager mes impressions avec vous. Mais je ne prends pas le temps.

Ça viendra.
D’ailleurs, c’est finalement venu.

Long week-end, donc. Je l’ai lu sous la couette douillette, dans la grande chambre du grand chalet de la montagne, cet hiver. Faute de dévaler des kilomètres de pistes – y en avait pas assez – j’ai dévoré des kilomètres de pages. J’ai tellement aimé que j’ai décrété que Joyce Maynard, qui est surtout connue pour avoir partagé la vie de Salinger quand elle avait 18 ans et lui 53, était à suivre absolument – ce qui m’a valu une petite déconvenue, mais c’est une autre affaire.

Long week-end, est la très délicate histoire d’Henry, 13 ans, le narrateur, qui vit seul avec sa mère, Adèle – c’est beau Adèle, je n’avais jamais réalisé à quel point et ne me parlez pas de la chanteuse s’il vous plaît – sur la côte Est des Etats-Unis. La fragile et trop sensible Adèle vit pratiquement recluse et limite au maximum les contacts avec le genre humain.

« Ta maman, on dirait Ginger, dans Gilligan’s Island« , m’avait dit Rachel, une fille de ma classe. Nous étions en cinquième, et ma mère avait fait une de ses rares apparitions à l’école pour assister aux répétitions d’un spectacle où je tenais le rôle de Rip Van Winckle. Rachel avait élaboré toute une théorie selon laquelle ma mère était vraiment l’actrice qui interprétait Ginger, et que nous habitions ici pour qu’elle puisse échapper à ses fans et au stress de Hollywood.
Et je n’étais pas sûr de vouloir démolir cette théorie. Elle donnait du comportement de ma mère une meilleure explication qu’aucune autre. Quelle que fût d’ailleurs la véritable explication ».

Mais tout bascule la veille du Labor Day. Adèle doit faire des courses en vue de la rentrée scolaire. Au supermarché, Henry est abordé par un homme en cavale, Franck, qui lui demande de le conduire chez eux.

Il s’ensuit un long week-end au cours duquel chaque seconde s’étire comme une éternité et s’égrène en une foule d’instants précieux. L’ambiance est parfaitement exposée, les décors si solidement plantés que j’imaginais parfaitement chacune des pièces de la maison et la chaleur intense du soleil en ces six jours étouffants. Franck, le prisonnier, devient le libérateur.

« Il fut condamné à vingt ans fermes, avant toute possibilité de libération conditionnelle. Il purgea les huit premiers à l’hôpital psychiatrique de l’Etat. Quand il fut jugé rétabli, on le transféra en centrale. Il lui restait deux ans à tirer quand il avait sauté par la fenêtre.
Mais il savait qu’il devait sortir de là, nous dit-il. Je savais que j’avais une bonne raison de sauter. Et, de fait, je ne me trompais pas.
La raison, c’était elle. Ma mère. Il l’ignorait à l’époque, mais il avait sauté par la fenêtre afin de venir la sauver ».

Mes émotions sont un peu lointaines, mais je me rappelle avoir eu le cœur terriblement serré. Tout comme à la lecture de ce passage, qui montre la difficulté d’assumer trop tôt certaines responsabilités : « Soudain, je découvre l’une des meilleures conséquences de son arrivée chez nous. Je n’ai plus la responsabilité de la rendre heureuse. C’est son boulot à lui. Ce qui me laisse libre pour d’autres choses. Vivre ma vie, par exemple ». J’ai trouvée attendrissante la révolte adolescente qui sourd dans ces pages. Joyce Maynard restitue à merveille la passion que l’on peut mettre à ne pas sortir de l’enfance et la fougue que l’on peut mettre en toute chose à cet âge. Et, plus drôle, détaille les tourments physiques et les obsessions corporelles auxquelles Henry est soumis et qui dictent en partie sa conduite. Ce roman est dédié à ses garçons et cet exergue explique à elle seule la justesse du portrait que Joyce Maynard fait d’Henry.

C’est aussi le très beau récit d’une renaissance à soi-même. C’est B., je crois, qui m’a dit que ce long week-end avait quelque chose en lui de La route de Madison.

Elle a raison. C’est aussi beau.

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