Auteur-né

Le titre m’a tout de suite interpellée, car je l’ai moi-même été. Et depuis que l’on m’a collé cette étiquette, il y a très très très longtemps, je n’ai pas trouvé le moyen de m’en défaire. La preuve ici… P’têt’ aller voir un psy moi…

L’écrivain de la famille relate la vie d’Edouard. Né dans les années 60 à Valenciennes. Une mère, un père, une sœur, un frère. C’est là que ça se corse. Dans toutes les familles, on attribue un rôle bien déterminé à chacun et chacun se doit de s’y tenir. Edouard aura celui, pour avoir écrit vers 7 ans un maladroit poème à rimes pauvres, d’écrivain de la famille. Ses mots devront guérir tous les maux.

Et puis la vie suit son cours. Le petit frère rentre un beau jour à l’intérieur de lui et dans un institut spécialisé. Les affaires du magasin familial vont mal. La mère a un amant. Les parents divorcent. Edouard épouse trop tôt Monique… Une vie.

La promesse est belle, parce qu’avec cette histoire de ne pouvoir faire autre chose qu’écrire, je me dis que je vais peut-être me retrouver dans ce roman, petite égocentrique que je suis.

C’est là que ça se corse.

J’ai l’impression de lire un journal intime écrit a posteriori. Trop tard pour capter des émotions. Voyeuse, j’avance vite dans ce qui ressemble à une biographie dont le sujet n’a pas envie de parler de lui. Les non-dits ne disent pas leur nom.

Ça m’ennuie parce que j’entrevois de belles choses. Je suis touchée parfois. Je partage l’enthousiasme d’Edouard à ses débuts dans le monde la publicité. Je m’émeus des drames familiaux.

« Il fait nuit, je marche dans l’appartement vide d’elles.
Dans la chambre flotte encore le parfum mat du talc ; de la poubelle de la salle de bain monte l’odeur des cotons humides de larmes. Le salon semble avoir été cambriolé, mais il n’y a nul dégât. Le plancher craque sous mes pas, mais c’est le seul bruit. Je n’avais pas mesuré à quel point cet appartement était laid ».

Mais je m’agace de cette litanie de slogans et de références musicales qui ponctue le texte. Je me demande à quoi elles servent, si ce n’est à évoquer une époque qui n’est jamais qu’effleurée par ses produits culturels ou de consommation (tic de publicitaire ?). Je n’aime pas que sa mère devienne « l’amante », ou son père « Dumbo », car je ne vois aucune tendresse dans ces surnoms.

« Cette année-là, René Belletto publia L’enfer, Marguerite Duras La pute de la côte normande et Le nom de la rose devint un film tandis que mon œuvre s’enrichissait d’un titre pour une annonce qui promouvait l’ordinateur Commodore 64 (microprocesseur 8 bits 6510 et mémoire de 64 Ko) ainsi qu’une série de titres d’affiches pour le lancement de la Renault 11 TXE, la première automobile à proposer un ordinateur de bord doué de parole – une voix assez désagréable au demeurant – qui vous rappelait sans cesse à l’ordre. Portière mal fermée. Attachez votre ceinture. Niveau d’essence minimum. Vidange dans cent kilomètres. Nous riions à l’agence. Nous imaginions d’autres rodomontades pour la voix. Enlève ta main de la cuisse de la passagère. Arrête de te gratter les couilles. Ôte ton doigt de ton nez ».

Un peu comme si, dans cette fiction, car c’en est une, Grégoire Delacourt n’avait pas, par pudeur sans doute, voulu aller au fond des choses.

On m’a déjà fait ce reproche aussi. J’essaie de me soigner.

4 Comments so far

  1. zoz, 25 février, 2011

    le problème, c’est que tu n’es plus seulement l’écrivain de la famille maintenant… mais celle d’une floppée de bandes de potes et que la pression n’a pas fini de dégonfler. Un roman! un roman! un roman!!!

  2. zoz, 25 février, 2011

    je suis dans une journée caca-morve avec deux filles malades sur les bras, ça explique la petite coquille : je voulais dire que la pression n’a pas fini de monter (et pas de dégonfler…)! et je répète : Un roman! UN ROMAN ! UN ROMAANNNN!

  3. lulu, 15 mars, 2011

    Bonjour. Eh bien moi, ton article m’a donné envie de lire ce livre. je suppose que nous sommes toutes des écrivains :-) quelque part. Je n’ai pas eu les mêmes réserves que toi. Au contraire. J’ai a-do-ré. Je trouve que Delacourt parle de plein de choses graves avec légèreté, comme le couple que le personnage forme avec Edouard. Quant aux références publicitaires, elles ne me gênent pas, pas plus que les clopes dans les films de Sautet ou la musique dans un film de Tarantino, c’est le charme suranné de l’époque om se passe l’histoire.
    Continue, j’adore ton blog !

  4. Anne-Laure, 15 mars, 2011

    @ zoz : donne-moi une histoire, je te donnerai un roman.
    @ lulu : bien contente que ma chronique pas convaincue t’ai donné envie de lire ce roman. Je n’ai pas du tout envie de faire fuir les lecteurs, surtout ceux d’un premier roman ! Ce qui me gène te plait au contraire, comme quoi… A bientôt !

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