Autant en emporte le courant

Il y a un mois, j’ai eu une pulsion : il fallait que je m’achète un autre .2.

Devinez lequel m’est tombé sous la main ? Je précise qu’à la librairie d’en bas, ils n’étaient plus sur un présentoir à cartes postales mais dans un mini-bac posé à côté de la caisse, comme des CD dans un magasin de discount.

Donc, lequel m’est tombé sous la main ? hein ? hein ? hein ?
Vous devinez pas ? Les Chutes ! Alias le-bouquin-dont-Fabrice-m’avait-parlé-mais-dont-je-ne-me-souvenais-plus-du-titre-mais-heureusement-qu’il-m’a-passé-un-coup-de-fil-pour-me-le-rappeler.

Heureusement oui. Car j’ai été complètement prise par le courant des Chutes. Imaginez le décor : Niagara Falls, là où il y a les chutes du Niagara quoi. Elles ne m’attirent pas plus que ça, je n’ai d’elles que le vague souvenir d’une scène de Superman. Mais visiblement, elles attirent du monde et pas toujours pour ce qu’on croit.

Mariage plus vieux, mariage heureux ! Que nenni ! Figurez-vous que le lendemain de leur nuit de noces, Gilbert, fraîchement marié à la déjà plus toute jeune Ariah (OMG, presque 30 ans ! Hé oui, nous sommes en 1950), se jette dans les Horseshoe Falls. Rien de moins.

Voilà ce qu’en pense le jeune et arrogant propriétaire de l’hôtel où les époux devaient passer leur lune de miel.

« Cela dit, c’étaient surtout les suicides masculins qui l’exaspéraient. Colborne concédait que les femmes qui sautaient étaient désespérées pour des raisons liées à leur sexe. une sorte de défaut de naissance : être femme. Les suicides féminins étaient plus pitoyables que condamnables, même si l’Eglise les condamnait. Il s’agissait en minorité de filles jeunes, désespérées, enceintes et abandonnées par leur mari. Leurs enfants étaient morts. Peut-être les avaient-elles tués. Elles étaient malades, dérangées. Ce n’étaient que des femmes. Au plus fort de la mode romantique des suicides de femmes à Niagara Falls, au milieu du XIXe siècle, toutes les suicidées étaient jeunes, belles, « tragiques »… du moins dans les portraits qu’en faisaient les journaux. Au milieu du XXe siècle, les choses avaient changé. Enormément. Les suicidées étaient maintenant des filles et des femmes pitoyables, et non les héritières ou les maîtresses dédaignées d’hommes fortunés, et les médias ne romançaient plus leurs morts.
Mais les hommes ! Des fils de pute égoïstes. Des lâches, forcément, qui choisissaient la solution de facilité. Salissaient la réputation des Chutes. Des exhibitionnistes.
Regardez, regardez-moi ! Je suis là ».

C’est dans ce contexte brumeux et totalement dramatique que j’ai découvert Ariah. Une femme à l’égard de laquelle j’ai nourri des sentiments mitigés tout au long de ma lecture. Tour à tour attachante, fragile, musicienne talentueuse, Ariah n’en est pas moins souvent détestable.

A mes yeux, elle serait surtout une immense héroïne de cinéma. J’ai presque envie de dire qu’elle pourrait être une héroïne à la mesure de Scarlett O’Hara en moins désirable, et même si ça m’épate d’écrire un truc pareil, je n’ai pas tellement l’impression que ce soit sacrilège. Le décor, l’époque, l’intrigue ou les intrigues, tout est réuni pour un film grandiose… Sérieusement, personne n’a jamais pensé à adapter Les Chutes ?!!?!?

Le voyage de noces tourne donc court, et Ariah passe des jours à errer près des Chutes en attendant que le corps de son époux refasse surface. Puis elle rentre chez elle. Mais, par le jeu de l’amour et du hasard, elle reviendra à Niagara Falls et y fera sa vie dans différents quartiers, des plus huppés aux plus populaires. Je l’ai donc suivie, depuis ce désastreux premier mariage jusqu’à la fin des années 70, lorsque la plus jeune de ses enfants a déjà 16 ans.
Joyce Carol Oates raconte ce destin finalement assez ordinaire, mais que la personnalité déroutante d’Ariah rend hors du commun, et le mêle étroitement à un terrible scandale environnemental qui secoue la région. Là encore, tout y est : avocat passionné, juge corrompu, industriels véreux.

Enfin…, j’essaie de vous pondre une note aussi dense que l’est ce livre. Forcément, j’y arrive pas. Je devrais peut-être être un peu plus méthodique.

L’histoire glisse d’Ariah à celle de ce procès (inspiré de la véritable affaire Love Canal). Elle relate le désastre infligé à certaines régions par un développement industriel qui par ailleurs les nourrit. Et la façon dont les premiers scandales sanitaires et écologiques ont laborieusement été portés à la connaissance du monde.
Plus loin, ce sont Chandler, Royall et Juliette, ses enfants, qui tiennent le haut de l’affiche. Là, j’avoue que Joyce Carol Oates aurait pu me perdre, car quand une héroïne m’intrigue, me plaît, j’aime bien la suivre de près.

Mais non.

Tout est parfait.

2 Comments so far

  1. dominique pariselle, 17 août, 2011

    Joyce Carol Oats a écrit tellement de livres, et tellement inégaux,qu’on hésite toujours à en acheter un…..pourquoi pas celui-là?
    Je suis tombée par hasard (quelqu’un me l’avait il prété?) sur les « Nouvelles orientales » de Margaret Yourcenar, moi qui n’ai (pourquoi donc?) jamais rien lu d’elle, j’ai dégusté un petit bijou très original et inattendu. Comme quoi……

  2. Anne-Laure, 17 août, 2011

    @ dominique pariselle : pour Oates, voici mon classement, du meilleur au moins bon (mais pas mauvais non plus) 1/Les Chutes, 2/Petite soeur mon amour, 3/ Confessions d’un gang de filles. J’ai lu Nouvelles orientales au collège. Je me souviens avoir été envoutée.

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