Abysses

Ces derniers temps, j’ai pris un peu de hauteur. C’était pour mieux me plonger dans Profondeurs, de Henning Mankell. Je l’ai acheté au terme d’une extraordinaire séance de prescription dans une librairie près de chez moi. « C’est sans doute l’une des plus belle histoires d’amour que j’aie lues », m’a dit la libraire, après m’avoir proposé plein de bouquins et j’arrivais pas à me décider.

Belle histoire d’amour ? Aaaaaaaah ? Le genre de déclaration qui me fait dresser le sourcil. Enfin les, parce qu’un seul, j’y arrive pas.

« Profondeurs se déroule pendant la Première guerre mondiale en Suède. Tobiasson-Svartman est un capitaine tout ce qu’il y a de plus banal. Sa mission consiste à sonder les profondeurs pour établir des routes maritimes sûres pour les navires. Pendant l’une de ses missions, il rencontre une femme assez moche, sale, qui vit seule sur un îlot. Mais il tombe amoureux d’elle et il y retourne tout le temps ».

Du Nord et des sentiments, c’est tout bon pour moi. Je suis repartie avec et d’autres, dont je vous parlerai plus tard.

J’ai plongé. Rencontré le capitaine Lars Tobiasson-Svartman au début de sa mission. Un homme droit, au sens du devoir prononcé. Un peu ennuyeux, si ce n’était cette activité atypique : cartographier les océans à l’aide de sa précieuse sonde et dessiner les routes maritimes. Marié à Kristina Tacker, qui « n’était pas seulement sa femme. Elle était aussi le couvercle invisible qu’il avait placé au-dessus du gouffre ».

Je n’ai pas mis longtemps à comprendre que les profondeurs marines étaient la métaphore de la personnalité de Tobiasson-Svartman. Une fois encore, je me suis laissée entraîner avec plaisir au cœur d’un archipel battu par les vents, souvent pétrifié dans son écrin de glace.

Ce que j’ai mis plus de temps à comprendre, c’est que j’allais détester cet homme. Au début de ma lecture, je pensais que Tobiasson-Svartman était comme les autres, un héros que j’allais aimer. Sans doute parce qu’il tombait amoureux de Sara Frederika cette femme tout moche, blessée par la vie. Amoureux fou.

Fou.

Incapable de faire un choix, incapable, même, de raisonner, Tobiasson-Svartman (il ne devrait pas être permis de faire porter un nom si long à un héros) sombre dans le mensonge et finit pas se noyer.

Ce n’est certainement pas la plus belle histoire d’amour que j’aie lue. Trop de mensonges et cet homme est trop retors. Mais c’est au moins l’une des plus tragiques et des plus désespérées.

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