A bout de souffle

Parfois, je fais des fixettes. Quand j’aime un roman, je me mets à lire frénétiquement tous les ouvrages de son auteur. Mais parfois, c’est sur l’éditeur que je bloque. La maison d’édition, j’entends – rhôooo, tout de suite.

Parce que les livres d’une même collection font plus joli dans ma bibliothèque de monomaniaque. Et que finalement, si un éditeur a édité un bon livre, il n’y a pas de raison qu’il n’y en ai pas d’autre – même si on n’est jamais à l’abri d’un one-night stand

En ce moment, c’est Gallmeister. Sukkwan Island a laissé en moi une marque indélébile. Alors quand j’ai entendu parler du signal, je me suis sauvagement – si si je vous assure – jetée dessus. Je pense même que j’aurais tapé du pied par terre si je ne l’avais pas trouvé tout de suite…

J’étais quand même un peu hésitante. Parce que beaucoup ont fait le rapprochement avec Jim Harrison et que – il va quand même falloir que j’ose le dire un jour – j’ai tellement pleuré d’ennui sur Dalva – décidément les romans cultes ont la vie dure avec moi – que je m’étais juré de ne plus rien lire de semblable. Un temps, j’ai même cru que j’étais devenue allergique aux grands espaces américains.

L’attrait de la signature Gallmeister étant la plus forte, je me suis lancée.

Mack sort de prison. Il enchaîne les contrats louches pour sauver le ranch de son père. Avec son ex-femme Vonnie, il entreprend une randonnée dans le Wyoming. Leur dernière randonnée. Car à force d’alcool et de dettes, il a brisé son couple. Elle ignore qu’il a en poche un BlackBerry militaire, à l’aide duquel il doit localiser, pour le compte d’un sale type, le signal émis par une mystérieuse balise égarée lors d’un survol de la région.
Ce signal les mènera loin des sentiers tant de fois battus par eux, dans un jeu de hors piste plus que périlleux.

Le paysage est accidenté. Grandiose. De prairie en glacier, de partie de pêche en bivouac, Mack et Vonnie s’enfoncent dans l’immensité et retrouvent pour la dernière fois leur complicité. Se racontent des histoires au coin du feu, ferrent des truites, marchent, marchent à en avoir les genoux qui chauffent.

J’ai mis un peu de temps à « rentrer dedans » comme on dit. Pas le temps de lire longtemps, l’ambiance bad guy repenti et déprimé dans les Rocheuses, bof. Comme je ne faisais pas d’urticaire, j’ai continué. Mack entretient avec son père décédé un rapport plus que touchant. Il évolue dans la nature au rythme de l’apprentissage qu’il a reçu de lui. Et il y a un naturel désarmant dans sa relation forcément compliquée à Vonnie. Les histoires au coin du feu… c’est simplement magnifique ; ce qui les lie à jamais.

Et soudain, le signal du départ est donné. L’intrigue s’emballe, tout comme mon cœur pendant cette course effrénée dans les sous-bois.

« Elle s’élança. En deux pas, elle était partie d’une belle foulée sur le chemin trempé. Mack la suivit, et sur les vingt premiers pas, il s’assura de rester entre elle et les braconniers. Il sentait venir le tir imminent, ils dévalèrent la pente, un virage, puis cinquante, cent mètres. La pluie avait perdu de son intensité et s’était installée partout dans la durée. Il faisait une chaleur étrange. Mack détestait courir dans les bois. Vonnie courait à toute vitesse et il dut lutter pour parvenir à l’attraper par son sac à dos et la retenir.
- Cours à petites foulées, regarde où tu mets les pieds. Ne fonce pas et ne tombe pas.
Le chemin était trempé. Rapidement, il devint un ruisseau et ils couraient en pataugeant, tandis que le niveau montait et mordait la paroi. Ils coururent, et il attendit que l’adrénaline redescende et que ses genoux le brûlent, mais elle ne redescendit pas et ils poursuivirent leur course. Il n’avait pas regardé sa montre et il détestait ça aussi. Il ignorait depuis combien de temps ils couraient. La boue se collait dans les rainures de leurs chaussures et leurs empreintes étaient d’autant plus visibles et faciles à repérer. Ce serait comme suivre à la trace un éléphant. Ils passaient sur l’herbe quand ils le pouvaient, mais ne cessaient de devoir retourner dans le sillon boueux. Le cœur de Mack menaçait de lui perforer la poitrine, puis il s’installa dans un roulement régulier et il retrouva sa vision. Ils descendirent le long de la piste. Ils ne pouvaient pas distancer un coup tiré par un 30.06 ou par un 273. Ils ne pouvaient pas échapper à un petit fusil de calibre .22″.

Impossible de lâcher le livre – Quelqu’un me parle ? Quoi ? C’est le terminus ? Et alors ?

J’ai l’impression d’être sur des montagnes russes, jusqu’à ce final immense, digne d’un grand western. Je suis réconciliée avec les grands espaces.

Pour Jim Harrison, on verra plus tard.

5 Comments so far

  1. zoz, 21 janvier, 2011

    « L’intrigue s’emballe, tout comme mon cœur pendant cette course effrénée dans les sous-bois. »
    Je t’annonce que tu entres aujourd’hui dans mon carnet de citations

  2. Anne-Laure, 21 janvier, 2011

    @ zoz : heu… ? Y a qui d’autre ?

  3. zoz, 21 janvier, 2011

    Jim Harrison… of course

  4. Puce, 1 février, 2011

    @zoz : Bien d’accord !

  5. La Ruelle bleue, 11 février, 2011

    essaie alors Montana 48, toujours chez Gallmeister dans leur collection de poche. Bon, c’est vrai, je ne l’ai pas encore lu mais une source plutôt fiable (et exigeante) me l’a recommandé chaleureusement… En tout cas, il est sur ma liste de prochains achats… La première des deux qui le lira aura une…

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