Ere glaciale

Pendant des mois, il m’a fait de l’œil chez le libraire. Je ne sais pas pourquoi, je ne lui cédais pas.

Et puis… et puis… La Grande Librairie. Même pas vu l’interview de l’auteur. Mais…

Il paraît que ça se passe en Alaska.

Et puis… et puis… un rendez-vous à l’ANPE, pardon, Pôle-Emploi, la crainte d’attendre des heures.

Je ne réfléchis pas.

- Sukkwan Island s’il vous plaît merci au revoir.

Il est beau ce livre quand même. Cette sobriété, ce bleu… Maintenant, il y a un bandeau rouge dessus « David Vann – Prix Médicis – Etranger 2010 ». Il me servira de marque-page.

L’Alaska, donc. Une île déserte. Des kilomètres d’épaisse forêt vierge. Une cabane en bois blottie au fond d’un fjord. Jim décide de s’y installer pour une année avec Roy, son fils de 13 ans.

Ne me demandez pas pourquoi, j’aime le Nord, j’aime le froid, je ne rêve que de ça ; Sukkwan Island se tient dans un décor qui me fascine absolument : une nature puissante, animale. Où la lumière est pure. Je m’y sens chez moi.

« L’espace d’un instant, Roy eut la sensation de débarquer sur une terre féérique, un endroit irréel ». Mais je sens Roy mal à l’aise, anxieux. J’ai du mal à comprendre pourquoi il est là. A son âge. Avec ce père que manifestement il connaît mal. « Il sentit à quel point le temps allait être long, comme s’il était fait d’air et pouvait se comprimer et s’arrêter ». Il ne parvient même pas à forcer un enthousiasme vacillant. « Roy ne savait pas quoi dire, alors il ne disait rien. Il ne savait pas comment les choses tourneraient ».

L’hydravion qui les a déposés est loin maintenant. Roy et son père amorcent leur installation. La tension s’installe. Roy me semble être en danger mais je ne saurais dire pourquoi. Moi aussi, je suis mal à l’aise.

J’ai mal au ventre. J’ai envie de hurler à Roy de partir de là – mais comment ?

Jamais je ne me suis sentie si impuissante.

Jamais huis clos familial ne m’a paru plus oppressant (même Festen).

Jamais les défaillances d’un père n’ont été si bien mises en mots. Jamais je n’ai vu noir sur blanc tant d’égocentrisme et de lâcheté.

Sukkwan Island est le théâtre d’un drame immense.

Mais j’aime toujours autant le Nord.

12 Comments so far

  1. E.b, 29 novembre, 2010

    La photo me donne aussi froid que le livre, est-ce normal?

  2. Anne-Laure, 1 décembre, 2010

    @ E.b. : je ne sais pas, mais moi j’ai vraiment eu froid en la prenant !

  3. E.b, 2 décembre, 2010

    Tu m’étonnes! Dis, tu ne voudrais pas me prêter tes « super » chaussettes pour le lire?

  4. Anne-Laure, 2 décembre, 2010

    E.b. : il y a des choses qui ne se partagent pas. Mes Antipast ne sont qu’à moi !

  5. E.b, 10 décembre, 2010

    Je comprends ;-) j’achèterai les deux en même temps…

  6. Catherine, 22 décembre, 2010

    Pas encore lu mais je l’ai noté.
    En fait, je n’aime pas vraiment le froid ;-)

  7. Anne-Laure, 22 décembre, 2010

    @ Catherine : je te jure que le roman n’aurait pas été aussi puissant et inquiétant sous les cocotiers.

  8. constance93, 2 janvier, 2011

    avec ce livre qu’il faut que je lise et Into The Wild, le nord évoque pour moi une sorte de fascination morbide : à la fois un espace de beauté et de calme, et de l’autre le « théâtre de drames immenses », pour reprendre ton expression.

  9. Anne-Laure, 2 janvier, 2011

    @ constance93 : le Nord est pour moi l’espace par excellence où la nature reprend ses droits. J’aime beaucoup la vision que tu en as.

  10. AnneLaureT, 17 janvier, 2011

    Formidable, ton billet !

    Car il dit sans dire et me rappelle dans quel état m’a laissée la lecture de ce magnifique quoique tragique roman : incapable d’en dire quoi que ce soit… Si ce n’est qu’il faut absolument l’avoir lu.

    Très jolie découverte que ton blog, je m’en vais de ce pas visiter ;-) !

    Une belle journée à toi.

    *

  11. marionjones, 17 janvier, 2012

    Lu sur une plage tropicale, il a réussi à me glacer le sang malgré les 30°C. Drôle d’expérience.
    Merci pour la recommandation, je l’ai du coup laissé aux tropicalisés, histoire de leur rafraîchir la mémoire.

  12. Cajou, 29 janvier, 2012

    Hello
    J’ai découvert ton blog grâce à la récap de Sophie Hérisson et j’en suis ravie, j’aime beaucoup ta façon décrire, droit au but.
    Ce livre m’a secouée et tu en parles bien mieux que moi… si je ne ‘avais déjà lu, je filerais me l’acheter !
    Au plaisir de te lire

    Cajou

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